Les villes ont un coeur, on le sait. Ont-elles seulement un sexe ? Et les anges, me direz-vous… La question n’est pas nouvelle, soit. Vous dites quoi, vous ? Paris brûle-t-il ? Paris brûle-t-elle ?

Pour la sérénissime république de Venise ou la principauté de Monaco, OK, c’est plié. Mais pour Nantes, Bordeaux, Trieste ou Marseille ? Masculin ou féminin ? Sur son site web, l’Académie française louvoie sans arbitrer tout à fait :

« Le genre des noms de ville (tout comme celui des noms de pays) ne suit pas de règle précise. Il est ordinairement masculin dans l’usage parlé, mais souvent féminin dans la langue littéraire, sans doute parce que l’on sous-entend la ville. Néanmoins, la présence d’un “e” muet en fin de mot favorise le féminin. Quant au masculin, il prédomine. »

Pour la limpidité de l’explication, il faudra s’adresser ailleurs…

Question genre, en lançant dernièrement l’élaboration d’un « Manifeste pour une nouvelle esthétique parisienne » attendu pour la fin 2021, la mairie de Paris ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion sur sa présence dans l’espace urbain, en vue d’une ville définitivement inclusive. Soit. Mais revenons à notre interrogation.

Etymologiquement, texte signifie tissu, rappelait Roland Barthes. Le tissu urbain ressurgit donc dans la littérature. Et pour la capitale – avec André Breton en expert du sujet –, la question est vite répondue. Dans « La Clé des champs », publié en 1953, le pape du surréalisme tranche le débat :

« Il me semble, aujourd’hui, difficile d’admettre que d’autres avant moi, s’aventurant sur la place Dauphine par le pont Neuf, n’aient pas été saisis à la gorge à l’aspect de sa conformation triangulaire, d’ailleurs légèrement curviligne, et de la fente qui la bissecte en deux espaces boisés. C’est, à ne pouvoir s’y méprendre, le sexe de Paris qui se dessine sous ces ombrages. Sa toison brûle encore, quelquefois l’an, du supplice des Templiers qui s’y consomma le 13 mars 1314… ».

Et c’est ainsi que Paris devint une femme…

Jacques-Franck Degioanni

Journaliste et chef du service “Architecture & urbanisme”, Le Moniteur.

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