Merci mes Amis de m’avoir invité à vos assises.

J’ai travaillé il y a quelques années à la mairie de Paris avec des architectes-voyers qui oeuvraient dans différents domaines.

Je souhaite vous dire ici combien j’ai apprécié les compétences, et les compétences multiples, des architectes voyers. Je m’inquiète de voir que vos effectifs sont en baisse sensible d’après les chiffres indiqués par votre présidente.

Sachez que je serai toujours à vos côtés si je peux être utile.

J’ai proposé de parler de la « Maîtrise d’ouvrage urbaine » en France. C’est un thème qui me tient à cœur depuis les vingt ans que j’ai passés comme directeur adjoint puis comme directeur de l’Aménagement urbain et de la construction de Paris.

Je vais aborder ce sujet au travers de « coups de projecteur ». Et pour ce faire, je vais croiser ce thème avec deux autres sujets qui me tiennent également à cœur : la musique, et notre organisation territoriale en France.

« La maîtrise d’ouvrage urbaine » : qu’est-ce-que c’est ?

Cette expression n’est pas labellisée en France, ni par la loi, ni par le langage courant.

C’est dommage.

La MICQ (mission interministérielle pour la qualité des constructions publiques) parle de la « maîtrise d’ouvrage d’une opération d’aménagement urbain », la MOUS est la maîtrise d’œuvre urbaine et sociale. Mais nulle part la maîtrise d’ouvrage urbaine.

La maîtrise d’ouvrage urbaine est la fonction et la responsabilité assumées par les élus locaux en matière d’urbanisme au travers de tous les outils que la loi met à leur disposition : les règlements d’urbanisme (PLU etc..), les processus opérationnels (ZAC, lotissements..), la gestion de l’espace public, le patrimoine, l’habitat, les déplacements… Cette maîtrise d’ouvrage urbaine est assumée par les communes et leurs groupements.

Elle concerne d’abord les villes et agglomérations. Dans mon intervention, j’étendrai cette notion aux petites villes et aux campagnes. Il suffit de remplacer « Maîtrise d’ouvrage urbaine » par « maîtrise d’ouvrage de l’aménagement du territoire local ».

Aménagement urbain, aménagement du territoire local et …… musique

Mon propos est d’insister sur le caractère interdisciplinaire de l’aménagement urbain et de l’aménagement du territoire local. Je perçois cette interdisciplinarité au travers de quatre « piliers » qui sont :

– la poésie, au sens large, c’est-à-dire la beauté, au sens large : architecture, paysage, composition, et je mets dans ce pilier le patrimoine ;

– la sociologie, c’est-à-dire la science du « bien vivre ensemble » ;

– le droit de l’urbanisme,

– et la dimension financière de l’urbanisme.

Si l’un de ces piliers manque, l’urbanisme est bancal.

L’urbanisme fait appel au cerveau droit et au cerveau gauche.

La meilleure comparaison que j’ai trouvée est un orchestre.

Il y a une multiplicité, une diversité et une complémentarité des acteurs.

Comme dans un orchestre, où il y a une diversité des instrumentistes et un chef d’orchestre.

L’urbanisme est un travail d’équipe.

Pour moi, l’urbanisme ne peut pas être incarné par une seule personne. De même, le plus grand virtuose du violon ne constituera jamais un orchestre à lui tout seul.

Tout ce que je viens de dire s’applique non seulement à l’aménagement urbain, mais aussi, plus généralement, à l’aménagement du territoire local.

Aménagement et organisation territoriale

Pour faire sérieusement de l’aménagement urbain et de l’aménagement du territoire local, il faut que la maîtrise d’ouvrage urbaine ou la maîtrise d’ouvrage de l’aménagement du territoire local soit clairement identifiée.

Et il faut que cette maîtrise d’ouvrage dispose et puisse s’appuyer sur une équipe pluridisciplinaire. Un orchestre, cela coûte cher, mais il faut au minimum un quatuor : poésie, sociologie, droit, finance.

Les grandes villes : le Grand Paris, les métropoles et les communautés urbaines ont les moyens financiers de disposer de telles équipes.

Qu’en est-il des petites villes et des communes rurales ? Elles n’ont pas les moyens de payer de telles équipes, d’où la nécessité pour elles de se regrouper pour créer, au niveau adéquat, des « Ateliers publics d’aménagement urbain ou d’aménagement du territoire local ». C’est peut-être un rêve, mais si on rêvait un peu plus, on serait moins au niveau des pâquerettes !

Qu’en est-il aujourd’hui de notre organisation territoriale ?

Aucun gouvernement n’a voulu, depuis les lois de décentralisation des années 1970, réduire le nombre de communes en France, qui est toujours d’environ 35 000.

L’effort a été porté sur le développement de l’intercommunalité. A ce jour, toutes les communes de France font partie d’une intercommunalité.

Il y a les métropoles et les communautés urbaines, qui regroupent environ 20 millions d’habitants. Il y a les communautés d’agglomération (communautés autour d’au moins une ville de plus de 15 000 habitants) et les communautés de communes.

Les communautés d’agglomération sont au nombre d’environ 220. Elles regroupent environ 7 400 communes et 23 millions d’habitants, ce qui donne une moyenne de 106 000 habitants en moyenne par communauté.

Les communautés de communes sont au nombre d’environ un millier. Elles regroupent 26 400 communes et 22,4 millions d’habitants, ce qui donne une moyenne de 22 400 habitants environ.

Ma conclusion est que les communautés de communes n’ont pas l’envergure nécessaire pour pouvoir disposer d’Ateliers publics pluridisciplinaires capables de penser et créer un aménagement du territoire local harmonieux. Elles restent les parents pauvres en la matière. Je pense qu’il en est de même pour les communautés d’agglomération.

Et j’ajoute que si notre pays évolue vers une situation plus saine, il y aura de la place pour les architectes à statut public.

Jacques Marvillet

Ancien Directeur général de la Ville de Paris

Jacques Marvillet, ancien élève de l’Ecole polytechnique et de l’Ecole nationale des Ponts et chaussées, a occupé, en début de carrière, différents postes à : Toulouse, Dijon, en Ardèche et en cabinets ministériels. La deuxième partie de sa carrière, de 1982 à 2001, s’est déroulée à la Mairie de Paris, d’abord comme directeur-adjoint, puis comme directeur général de l’Aménagement urbain et de la construction. De 2002 à 2006, il a été directeur général de la Société d’exploitation de la tour Eiffel.
Il est l’auteur de « Vingt ans d’urbanisme amoureux à Paris : 1982-2001 » (éditions L’Harmattan).