Histoire

Le premier document à faire état du voyer de Paris date de 1270. Il est rédigé par Jehan Sarrazin, lui-même voyer de Paris. Il officie au côté du Prévôt de Paris qui administre la ville pour le Roi. Son rôle consiste à permettre la libre circulation des personnes et des biens sur la voie publique, à délivrer des autorisations pour l’occuper temporairement, ainsi qu’à prescrire l’implantation des façades qui la bordent.
Parmi les illustres voyers de Paris, on peut citer le duc de Sully, ministre du roi Henri IV, qui aura également la charge de Grand voyer de France. Assisté de lieutenants et de commis voyers, son rôle est étendu à la fixation des alignements qui favoriseront un élargissement progressif des voies étroites mais aussi à la suppression des maisons sur les ponts et la construction du premier pont moderne : le Pont Neuf.
Sous Colbert sont nommés quatre conseillers commissaires généraux de la voirie qui exerceront leurs prérogatives, pour le Bureau des finances, sur les quartiers de Saint-Honoré, Saint-Antoine, Saint-Victor et Saint-Germain.
La Déclaration du Roi du 10 avril 1783 concernant les alignements et ouvertures de rues dans Paris marque la fin de l’Ancien régime mais aussi une nouvelle étape dans l’urbanisme parisien. Comme le souligne Pierre Lavedan, ce texte est le premier règlement d’urbanisme parisien en ce qu’il prescrit, dans un même mouvement :

  • la levée des plans de toutes les rues de la ville et des faubourgs de Paris par les commissaires généraux de la voirie (le plan de Paris sera dressé par l’architecte Edmé Verniquet et son degré de précision lui vaudra d’être la base de tous les plans du XIXème siècle) ;
  • une largeur minimale pour les nouvelles voies (environ 10 mètres) ;
  • un rapport constant entre la hauteur des maisons et la largeur de la voie (encore applicable dans le centre de Paris) ;
  • le dépôt du plan des constructions et reconstructions projetées et l’obtention d’une autorisation avant leur mise en œuvre (ancêtre du permis de construire).

Les commissaires généraux de la voirie sont alors dotés de presque tous les moyens nécessaires à un développement maîtrisé de la capitale, puisqu’il ne leur manque que le droit de l’expropriation. Ils auront l’occasion d’exprimer cette capacité, avec sept autres architectes au sein de la Commission des Artistes, en dressant peu après la Révolution un plan d’aménagement d’ensemble de Paris.
Avec Napoléon 1er, ils deviennent commissaires voyers et intègrent la Direction des travaux publics de Paris pour prendre en charge la Grande voirie, au sein de la préfecture de la Seine. La police de la Petite voirie relève pour sa part de la compétence de la préfecture de Police. Les commissaires de la Petite voirie sont chargés de diverses questions qui concernent la vie quotidienne : ouvertures des boutiques, auvents et enseignes, bâtiments menaçant ruine, dépôts de matériaux et dégradations de la voie publique, etc.
Les affaires de la Grande voirie étaient examinées périodiquement par trois ou quatre inspecteurs généraux, commissaires voyers, dont on ne peut affirmer qu’ils étaient tous architectes. En 1830, le Bureau de la Grande voirie comprend douze commissaires voyers (un par arrondissement), secondés par le même nombre d’inspecteurs. Le bureau est chargé de l’application de la police des constructions. S’il n’est pas indispensable de rencontrer chez eux le talent des architectes chargés d’élever les monuments publics, les inspecteurs et commissaires voyers doivent être au fait des progrès de l’art de bâtir, des questions de voirie et de jurisprudence, et être capables de traiter les expertises les plus variées. Certains ont pu accéder à la réalisation de commandes publiques prestigieuses. Ainsi en est-il de Visconti, commissaire voyer du 3ème arrondissement de 1826 à 1848, mais aussi auteur de nombreuses fontaines parisiennes et d’hôtels particuliers prestigieux.
Sous l’initiative de Napoléon III, Haussmann et ses collaborateurs donnèrent l’impulsion nécessaire à une nouvelle transformation de la Ville. Pour ce faire, le préfet met en place une organisation administrative adaptée : la Direction du plan de Paris qu’il place sous l’autorité de l’architecte Deschamps. La Direction du plan de Paris prend sa configuration définitive en 1859, avec l’annexion des territoires de la zone suburbaine. Deschamps a alors autorité sur trois bureaux dont le Service des commissaires voyers, que l’on commence à appeler architectes-voyers. Leur revient la police de la voirie, les alignements, les permis de bâtir, les permissions de voirie, le numérotage des maisons, les périls, les carrières et les estimations et expertises des biens expropriés, en vertu de la loi du 3 mai 1841 sur l’expropriation pour cause d’utilité publique. Leur effectif est porté à cinq inspecteurs voyers divisionnaires, vingt commissaires voyers d’arrondissement, assistés de vingt adjoints.
Un arrêté du préfet de la Seine daté du 13 juin 1895 et portant réorganisation du service de la voirie de Paris, substitue, à la fin du siècle, le titre d’architecte-voyer à celui de commissaire-voyer en régularisation d’une situation de fait déjà ancienne. Une majorité d’entre eux reste en place et continue de servir dans les mêmes fonctions, avec des missions inchangées. À cette date, le corps comprend deux architectes-voyers en chef, 18 architectes-voyers et deux architectes-voyers stagiaires.

Consulter l’acte de création du corps des architectes-voyers :