Chers amis,

C’est à moi qu’il incombe la difficile tâche de conclure cette après-midi.

Je ne ferai pas la synthèse de ce qui s’est dit, car nous en publierons les actes qui seront compilés le plus vite possible et vous en serez informés. Et nous les publierons sur notre site internet architecte-voyer.fr.

Tout d’abord, je vous remercie tous de votre présence, de vos témoignages et de vos interventions qui ont permis je crois d’ouvrir les débats et qui sont une première pierre à l’édifice d’une réflexion plus globale qui à mon sens dépasse la sphère parisienne. Nous espérons bien la poursuivre et renouveler ce rendez-vous en le rendant annuel et en l’ouvrant plus largement. Car, on l’a vu, il y a beaucoup à dire, à faire, à réfléchir, à fédérer et à construire.

Merci à l’Amicale et à sa présidente Catherine Sigaut d’avoir permis, par l’organisation de cet évènement, ces échanges riches et inspirants. Merci à tous ceux qui y ont contribué avec elle.

Vos réflexions sont bien ancrées dans l’Histoire tout en étant tournées vers l’avenir. Je parle là de l’Histoire de Paris qui a été évoquée, très lointaine ou plus récente, et loin d’être encombrante, je la qualifierais de fondatrice.

Mais je parle aussi de l’Histoire d’un corps d’architectes qui a œuvré depuis 120 ans, et œuvre encore aujourd’hui à la préservation et à la construction de Paris tant dans ses espaces publics, que dans sa morphologie urbaine, ou dans son « habitabilité » jusqu’à ses équipements publics. Le champ est large et ouvert.

A l’aube de changements profonds, qui interrogent la gouvernance avec la Métropole notamment, les changements d’échelle donc, alors que nous subissons déjà les changements climatiques, environnementaux et forcément sociaux, il me semble fondamental, et c’est bien ce que nous avons fait aujourd’hui, de prendre un peu de hauteur pour réfléchir au futur, en s’appuyant sur le passé, d’ouvrir les débats et de se réunir et même de s’unir pour mieux construire avec ce qui existe déjà. Bien construire et d’abord concevoir, les vides comme les pleins, la ville avec la nature, l’architecture et le paysage, « l’habitable », et même « l’inhabitable », qu’il vaut mieux définir que subir.

Et nous sommes tous ici dans cette salle, contributeurs et/ou acteurs de cette construction : architectes, ingénieurs, maitres d’ouvrages, maitres d’œuvre, historiens, chercheurs, habitants, décideurs. C’est à nous ensemble, de tracer le chemin, d’avertir, d’alerter, et de lutter aussi contre des mouvements contraires, imposés parfois par des logiques paradoxales privées de vision globale et prospective.

De nombreux évènements en ce mois de novembre montrent que les architectes de tous horizons publics ou privés, se saisissent de ces questions, je citerai notamment, à l’initiative de l’Ordre Régional d’Île-de-France le colloque « Réparer la ville » auquel je n’ai pas pu assister mais dont les contributions sont en ligne. Je citerai également, hors de Paris, les deuxièmes rencontres de la Frugalité Heureuse et créative, qui commencent aujourd’hui en Bretagne, et dureront tout le week-end. D’autres récents et à venir sont dans la même veine.

Il y a dans tout cela un souffle. Il n’est pas nouveau, car il fait partie à mon sens de notre formation qui consiste avant même de trouver des solutions concrètes, à questionner. Questionner les choix politiques, les besoins, questionner ensuite les programmes parfois dépassés ou inadaptés, analyser puis formaliser ou traduire des idées, pour enfin concevoir et proposer des solutions. Ce processus, est valable pour tous les projets. Il me semble qu’il n’y a jamais de solutions toutes faites, applicables partout. J’entends parfois les critiques qui disent « si tu mets autour d’une table 5 architectes, tu auras 5 avis différents ». Oui, ce n’est pas une science exacte. Et ce n’est pas l’apanage des seuls architectes. Mais oui, il y a des doutes, des questions, des études, en somme de la matière grise. Tout cela, il faut le confronter aux autres, et c’est ce que fait Ekopolis par exemple, en facilitant les échanges collectifs, et interprofessionnels, le partage et la montée en compétences. C’est ce que vous avez fait aujourd’hui aussi. Mais, je suis convaincue que pour que les idées émergent, il faut de la culture, de l’énergie, du temps et aussi des moyens. Ainsi, c’est aussi une question politique. Quelles décisions pour demain pour que s’expriment les compétences, qu’elles soient valorisées, entendues et mises à profit pour l’Intérêt Général ?

Pour les 120 ans du corps des architectes voyers, nous avons clairement affiché notre opposition à une réforme du statut des corps techniques de la ville de Paris, qui scelle la lente extinction des architectes voyers et ferme aux architectes qui seront recrutés dans les prochaines années l’accession à des postes d’expertise d’excellence, et de conseil aux décisionnaires.

Il ne s’agit pas là de corporatisme, ou de protection d’un statut particulier soi-disant privilégié, ou encore d’un protectionnisme dépassé, ou même d’un traditionalisme réactionnaire. Bien au contraire. Il s’agit d’une vraie conscience de la nécessité de laisser à l’Architecture au sein de la fonction publique parisienne, une vraie place visible et d’influence pour qu’elle reste d’intérêt public.

C’est pourquoi nous avons voulu faire connaitre et comprendre les multiples rôles que des architectes peuvent avoir dans la fonction publique en général. Et pourquoi pas d’autres rôles encore à inventer peut-être ?

Je ne sais pas s’il est nécessaire de chercher à justifier notre utilité, je crois que ce n’est pas le problème. Je crois que la reconnaissance est là mais qu’elle s’oppose à des exigences d’économies mal placées. Nous savons tous ici que donner du temps et des moyens à la matière grise, et notamment aux études en amont ce que beaucoup d’entre nous ont fait pendant des années, mais qu’on réduit aujourd’hui drastiquement, font gagner de l’argent sur les projets. Les idées sont impalpables et difficilement quantifiables dans un tableau Excel. Mais, un projet bien défini, bien pensé, tant par la maitrise d’ouvrage que par la maitrise d’œuvre, c’est du temps et de l’argent gagné sur les chantiers face à des entreprises en position de force et qui s’engouffrent souvent dans les imprécisions et les tâtonnements.

C’est cette vision prospective que nous avons, et qu’il nous faut faire reconnaitre, valoriser.

Et pour finir, je citerai un ouvrage de 1748 sur les « Loix des bâtiments suivant la coutume de Paris », traitant de ce qui concerne les Servitudes réelles, les Rapports des Jurés-Experts, les Réparations Locatives, Douairières, Usufruitières, Bénéficiales, etc.. enseignées par M. Desgodets, Architecte du Roi, dans l’Ecole de l’Académie d’Architecture. Avec les notes de M. Goupy, Architecte Expert Bourgeois, ouvrage que l’on pourrait définir comme l’ancêtre de notre PLU. L’architecte expert bourgeois en préface de ce texte explique, et c’est d’un à propos suffisamment étonnant pour que je ne manque de le citer :

« Il paraîtra peut-être singulier aux jurisconsultes qu’un architecte ait entrepris cet Ouvrage qui semble être de leur ressort. Mais s’ils veulent se rendre justice et aux Architectes, ils conviendront que la connoissance seule des loix n’est pas suffisante pour traiter cette matière, qu’il faut être dans la pratique de l’Architecture pour la rendre intelligible et que ceux qui parmi eux en ont le mieux traité, étaient initiés dans la connoissance des Bâtimens. »

Merci à tous.

Blanche Rivière

Présidente de la section syndicale des architectes-voyers de la Ville de Paris

Blanche Rivière est architecte-voyer en chef de la Ville de Paris. Elle est actuellement affectée à la direction des constructions publiques et de l’architecture de la Mairie de Paris.